Publié dans les éditions allemandes 120FR – Sept. 4/2024
De nouvelles élections vont arriver en fin d’année et J’ai aperçu sur Facebook sans tous les lire, plein de textes où la colère et la rancœur dominent la réflexion.
Pourquoi l’aïkido engendre sans arrêt ces paroles. Pourquoi l’aïkido après un début toujours enchanteur devient une source de rancœur.
Pourquoi lui fait un stage et pas moi, pourquoi lui a reçu ce grade et pas moi, pourquoi lui est partenaire de ce maitre et pas moi ?
Il y a plein de facteurs qui amènent les anciens à exprimer ces sentiments négatifs.
Au début de la pratique, nous sommes débutants et nos efforts physiques et mentaux ne se concentrent que sur la pratique. Comment fait-on ce mouvement ? Est-ce efficace ? Puis nous grandissons en prenant de l’assurance et de la technique qui se traduisent par l’obtention de grades. Et ces grades nous donnent des droits : liberté sur le tapis de plus ou moins bien pratiquer et un peu plus corriger l’autre ; la possibilité de diriger un stage, ce qui permet , à juste titre , de gagner un peu d’argent.
Et nous arrivons au point crucial de notre art : il n’y a pas de mémoire. Dans tous les autres sports il y a une mémoire de ce qui s’est passé au cours d’un match, au cours d’une compétition de sports individuels. Des années après on sait, en lisant des journaux ou en regardant des vidéos, ce qui s’est passé et comment se sont comportés les protagonistes. Mais nous, en aïkido, il n’y a jamais de mémoires de ce que l’on a fait. L’exemple où l’absence de mémoire est le plus important, ce sont les séjours au Japon. Tous ceux qui en reviennent ont la parole leste pour dire qu’ils se sont super bien entrainés et ils ont pratiqué avec tous les grands maîtres. Mais est- ce vraiment ce qui s’est déroulé ou, le pratiquant, lui seul a eu la sensation de faire le maximum.
Sur le tapis d’aïkido nous ne sommes pas divisés comme dans les autres activités sportives, à savoir : Le Sexe, l’âge, le poids , la taille et le niveau technique.
Nous sommes la seule activité sportive où, tous les extrêmes se rencontrent et doivent exécuter les mêmes chorégraphies.
Pour exprimer mes propos je vais diviser les pratiquants et enseignants en deux catégories
Amateur : celui qui ne vit pas uniquement avec les cotisations de ses élèves.
Professionnel : celui qui n’a comme revenus que le résultat de son enseignement.
J’ajoute aussi que pour moi, quel que soit le grade ou l’expérience, celui qui dispense le cours est pour moi un professionnel car il donne le meilleur de lui-même. Sur le tapis tous les pratiquants sont des professionnels car ils veulent tous très bien faire. Mais à ce concept s’ajoute ce postulat où le meilleur d’un pratiquant est parfois le minimum d’un autre pratiquant.
Quand j’ai décidé de consacrer ma vie à l’aïkido, ma relation avec tous les autres pratiquants non professionnels a changé. L’aïkido n’était plus un loisir mais un moyen de gagner ma vie. Moi, quand j’ai commencé à avoir l’envie de faire de l’enseignement de l’aïkido je ne pensais pas argent, je pensais : devenir le meilleur du monde. Et pour cela j’avais de idoles : Maîtres Japonais, M Christian Tissier et aussi quelques grands pratiquants qui eux ne dispensaient pas forcément des cours. Je n’ai jamais fait d’écoles de cadres comme élève. Je les faisais en regardant, en écoutant, en observant « mes idoles » durant les stages. Je venais du football où l’entraineur est considéré comme un père par les joueurs. On a envie de réussir pour lui. J’avais la même sensation pour « mes idoles »
Puis j’ai commencé à enseigner dans le dojo où j’ai débuté l’aïkido et déjà les soucis sont arrivés. J’ai enseigné dans ce dojo pendant dix ans en réglant la cotisation et quand j’ai demandé au professeur qui m’avait accueilli de m’aider financièrement il a refusé et m’a demandé de quitter ce bel endroit où ‘avais grandi.
Je venais d’entrer dans le conflit professionnel amateur. Je pense que beaucoup de professeurs « exploitent » leur élèves en leur demandant de les remplacer quand ils sont absents sans un juste retour pas forcément financier au début mais au moins une reconnaissance qui a de la valeur pour l’élève.
L’aïkido est basé sur le relationnel, on va pratiquer avec des personnes que l’on connait et avec qui on aime passer un bon moment, presque jamais on va faire un stage pour développer d’autres valeurs car il n’ y pas d’obligation de résultats.
Un autre problème important dans notre art est bien sûr la rémunération d’un stage et le tarif des cotisations de chaque association.
J’ai en mémoire une anecdote qui m’est arrivée au cours d’une assemblée générale et qui est significative de notre relation amateurs professionnels. Un des pratiquants gradés et enseignant et médecin de profession m’a invectivé en disant qu’il ne comprenait pas pourquoi l’ aïkido n’était gratuit et je lui ai répondu « que moi aussi je ne le comprenais pas pourquoi mais, je ne comprenais pas non plus, pourquoi quand j’allais chez le médecin je devais payer ». Et il m’a alors répondu que médecin était un vrai métier. Un autre problème inerrant à ces différences est la cotisation demandée par chaque dojo. Je suis professionnel et j’enseigne tous les jours. La cotisation que je demande est de 400 Euros par an, licence comprise. A peu de distance se trouve le dojo universitaire où enseignent des professeurs déjà rémunérés par la faculté. Ce dojo qui avant n’était ouvert qu’aux étudiants est aujourd’hui accessible à tous . La cotisation de ce dojo est de 50 Euros annuels . Donc les débutants qui viennent se renseigner ne restent pas chez moi mais vont là où c’est moins cher. Et le plus fort c’est que les professeurs de ce dojo universitaire sont venus se former chez moi pendant des années.
Ces problèmes malheureusement ne changeront jamais car aujourd’hui plus personne ne peut plus envisager de devenir professionnel car les revenus ne seront jamais suffisants.
Les clubs qui invitent un professeur pour dispenser un stage ne se rendent pas compte que ce que touche un professionnel est divisé par deux quand celui-ci dépose le fruit de son travail à la banque. En effet, il lui faut payer les charges patronales que les salariés eux ne payent pas.
Moi, par exemple quand je fais un stage hors de chez moi, jamais on ne m’a réglé le voyage et parfois l’hôtel.
Pour essayer de mettre de l’ordre dans notre relation il est impératif de créer des devoirs pour les pratiquants et enseignants.
Il est important que chaque grade donné soit reconnu par tous et non seulement par les proches.
Le dernier examen de la FFAAA pour l’obtention du cinquième dan a eu un résultat de réussite parfait : tous les examinés ont réussi.
Donc cet examen n’a aucune valeur. Il faut donner les grades pour que les élèves restent sur le tapis et montrer que la fédération dispense un bon enseignement
Pour chaque grade au-delà du quatrième dan, il faut, je pense, examiner le travail de l’enseignant fait au sein de son dojo et à niveau supérieur quelle est sa reconnaissance internationale.
Est-ce que l’on peut recevoir le grade de septième dan sans avoir formé des élèves cinquième ou sixième dan ?
Quels sont les critères pour l’obtention du titre de Shihan ?
On ne sait jamais qui et comment sont donnés ces récompenses. Tant que l’on aura pas mis de l’ordre dans ces récompenses grades ou titres, il y aura toujours doute et suspicion de corruption.
Il faut que l’aïkido devienne une activité professionnelle.
Il faut que dès le début de la pratique , les élèves sachent le parcours et les efforts à faire pour recevoir un grade.
A chaque examen, on entend les mêmes commentaires : « Le niveau est de plus en plus mauvais ». Mais tous les élèves réussissent. Une réflexion me vient aussitôt : « comment les élèves peuvent être aussi mauvais mais que les professeurs, eux, deviennent de plus en plus gradés.
Voilà tous ces problèmes que je voudrais voir discuter. Enlever le doute, faire en sorte que l’obtention d’un grade soit le résultat d’un parcours et non le cadeau donné par les fédérations (Hon Bu Dojo compris)
Faire en sorte que l’on donne envie et la possibilité à tous les jeunes de devenir des professeurs reconnus et respectés.
Le travail sera long, mais je sais qu’il y a des pratiquants très bons sur le tapis et dotés d’une remarquable intelligence. Donnons-leur la parole et le pouvoir de décision et peut-être l’aïkido deviendra un art où l’investissement donnera une qualité dont nous serons fiers.
