Chères lectrices, chers lecteurs,
Dans ce numéro d’AikidoJournal vous pourrez lire deux entretiens avec des pratiquants au parcours tout à fait différent, Régis Soavi et Yves Tirelli. Le premier est un « vieux de la vieille » de la « promotion 72 » qui a été l’èlève de Me Noro et de Me Itsuo Tsuda. Le second suit depuis 1996 la voie tracée par Me Hikitsushi Michio, représentée en France par Gérard Blaize. (Nous avons déjà, dans notre numéro 23F donné la parole à un élève de Hikitsushi Sensei, Peter Shapiro.) Ce que nos deux interlocuteurs ont de commun c’est à la fois de considérer que l’aïkido n’est ni un sport ni un art martial au sens habituel du terme, et d’insister sur l’importance de l’inclusion de pratiques appartenant au rituel Shinto au début du cours : récitation de norito, ame no torifune (funekogi undo) — sur les différentes formes de cet exercice, voir AïkidoJournal nos. 18F et 19F – et furitama (tame-no-hireburi). Ni l’un ni l’autre n’appartiennent à une des deux grandes fédérations françaises d’aïkido. D’autres pratiquants et enseignants, par exemple ceux regroupés autour d’Europe Promotion Aïkido et qui suivent Alain Peyrache, partagent cette approche traditionnelle de l’aïkido, même s’ils adoptent le terme d’art martial pour qualifier ce qu’ils font.
Une toute autre conception se dégage de la lecture des textes fédéraux, aussi bien ceux de la FFAB que de la FFAAA. Un exemple : les « Règlements disciplinaires relatifs à la lutte contre le dopage », rédigés en terme à peu près identiques, des deux fédérations. Ainsi à l’article 5 des deux règlements on parle de « manifestations sportives ou entraînements » et à leur article 13 – identique – dit : « Lorsqu’une affaire concerne un membre licencié qui a prescrit (…), administré ou appliqué aux sportifs participant aux compétitions et manifestations organisées ou agréées par la fédération une ou plusieurs substances ou procédés mentionnés à l’article L 3631-1 du [code de la santé publique] ou facilité leur utilisation ou incité à leur usage (…) », finalement les articles 25 prévoient comme sanctions des « pénalités sportives », dont l’interdiction de pratiquer.
Passons sur l’incongruité de parler de dopage dans le contexte d’un budo, quel qu’il soit. Quoiqu’il faille avouer que s’ouvre-là un champ fertile de plaisanteries diverses. Quelle substance absorber pour augmenter son taux de ki ? L’aïl comme fortifiant de kokyu-rokyu est-il admissible ? Va-t-on soumettre les conducteurs de stage à un contrôle d’alcoolémie ? Mais alors…
Ainsi, officiellement tout du moins, l’aïkido est un sport et l’on s’entraîne pour participer à des compétitions ( les passages de grades ?) et des manifestations (le gala de Bercy ?). On nous répondra qu’il ne s’agit que de se plier formellement aux exigences de la loi et du Ministère de la Jeunesse et des Sports et que tout cela n’engage à rien, que, bien sûr, il n’a jamais été question de compétitions. Peut-être. Nous laissons nos lecteurs juges, à eux de décider s’ils pratiquent un sport, un art martial, ou une voie de perfectionnement de soi.
Dans le même registre, l’insistance stridente des organisateurs de stages (pardon, de manifestations!) sur la présentation d’un certificat médical par les participants. Des pratiquants connus ayant parcouru des centaines de kilomètres pour suivre l’enseignement de leur maître s’en sont vu refuser le droit. La ligue de Dauphiné-Savoie de la FFAB précise – en rouge et tout en majuscule – sur la fiche d’inscription à un stage qui s’est tenu dans le cadre de l’« école régionale d’enseignants enfants » que « toutes personnes n’ayant pas de certificats médical ou sa licence ne sera pas accepter sur le tatamis » (sic, sic et re-sic). Encore heureux que ce ne soit pas l’orthographe que ces enseignants se chargent de transmettre aux jeunes têtes brunes et blondes. Une circulaire de la FFAB sur le « Certificat Médical de Non Contre Indication à la pratique de l’Aïkido », tout en affirmant qu’ « il n’y a pas de compétition » ne craint pas de d’écrire que « les examens de passage de grade (à partir de ceinture noire premier dan) sont considérés comme l’équivalent en aïkido des compétitions ». Certes, en France, ce certificat est légalement obligatoire et « dura lex, sed lex ». Mais nous conseillons de lire ce qu’en pense un médecin et enseignant, Marc Accadia, à http://89.159.15.45/Caladois/5e_Certif_Medical.aspx.
On nous accusera peut-être de faire preuve de zèle mal placé quand nous montrons du doigt les grossières fautes de français ornant la fiche d’inscription citée plus haut. C’est que la forme, pour qui pratique un budo, est indétachable du fond. Cela vaut pour l’expression, cela vaut d’autant plus pour la pratique même. L’habit, dit-on, ne fait pas le moine. Mais la manière de le porter, si. Nous avons pu constater, dans notre dojo d’attache comme au cours de nos pérégrinations, qu’une certaine négligence dans la tenue correspondait presque toujours à une pratique approximative et une attitude allant du déplaisant à l’inacceptable. La propreté du keikogi, plus que n’importe quel certificat d’aptitude ou de non contre indication, devrait être la condition sine qua non de la présence sur un tatami. Il conviendrait aussi de porter une certaine attention à son apparence. Ce n’est pas faire preuve de coquetterie excessive que de s’assurer que le hakama soit bien noué, tombe bien et surtout, ne laisse pas apparaître le blanc du pantalon… Cette dernière négligence est, dans notre longue expérience, le plus souvent associée à un mélange particulièrement nauséabond de goujaterie inepte et d’arrogante suffisance. Qu’un tel individu se présente dans votre dojo (où il s’empressera de critiquer le professeur, son style, sa pédagogie) ou que vous le rencontriez lors d’un stage ou d’une visite à un autre dojo (où il jouera le donneur de leçons) évitez le comme la peste car aucun certificat médical ne vous protègera de ce porteur de bacilles.
votre aikidojournal
Un appel à nos lecteurs : Vous participez à un stage. Vous êtes enthousiasmés ou au contraire frustrés par ce que vous avez vécu. Vous avez beaucoup appris ou avez perdu votre temps et votre argent. Alors, qu’attendez vous pour faire partager votre plaisir ou votre colère ? Vous avez ramené quelques photos (essentiel !) ? Il ne vous reste plus qu’à vous mettre à vos claviers et nous envoyer votre reportage.
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